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Réforme de l’assiette sociale des indépendants : pourquoi votre régularisation URSSAF de l’été 2026 va vous surprendre
14 juillet 20269 min de lectureEPIPHYSE Conseil

En ce moment même, un peu partout en France, des libéraux ouvrent leur espace URSSAF et tombent sur un solde de régularisation qu’ils ne comprennent pas : plus élevé que prévu pour les uns, curieusement négatif — un remboursement — pour les autres. Ce n’est pas une erreur de la caisse. 2026 est la première année où vos cotisations sociales sont calculées selon une assiette entièrement nouvelle, et cette bascule tombe pile en même temps que la régularisation habituelle de vos revenus. Voici ce qui a changé, qui y gagne, qui y perd, et surtout comment éviter que votre trésorerie n’en fasse les frais.

Ce qui a changé : d’une usine à gaz à une assiette unique

Jusqu’en 2024, le calcul de vos cotisations relevait d’une mécanique circulaire un peu absurde : vos cotisations sociales étaient elles-mêmes déduites pour déterminer l’assiette de… vos cotisations sociales. En parallèle, la CSG-CRDS se calculait, elle, sur une base plus large qui réintégrait ces mêmes cotisations. Deux assiettes différentes pour un seul revenu, avec des allers-retours que même les initiés peinaient à suivre.

La réforme — article 18 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 (loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023), précisé par les décrets n° 2024-688 et n° 2025-708 — met fin à ce système. À partir des revenus 2025, une assiette unique sert de base à la fois aux cotisations et à la CSG-CRDS. Le point de départ n’est plus votre revenu net fiscal mais votre revenu brut social — votre revenu d’activité auquel on réintègre vos cotisations personnelles obligatoires — sur lequel s’applique un abattement forfaitaire de 26 % qui remplace la déduction de vos cotisations réelles.

Cet abattement est lui-même encadré : il ne peut être inférieur à 1,76 % ni supérieur à 130 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (le PASS). Rapporté au PASS 2026 (48 060 €), cela représente un abattement d’au moins 846 € et d’au plus 62 478 € — sachant que la régularisation de vos revenus 2025 s’appuie, elle, sur le PASS 2025 (47 100 €), donc sur des bornes un peu plus basses. Le barème a par ailleurs été réécrit pour compenser l’élargissement de l’assiette : le taux de la cotisation maladie a été relevé (jusqu’à 8,5 % à plein), tout comme la retraite de base des professions libérales réglementées, portée de 8,23 % à 8,73 %. La logique du législateur : que vous versiez un peu moins de CSG « non contributive » — celle qui ne vous ouvre aucun droit — et un peu plus de cotisations retraite, qui, elles, en ouvrent.

Pourquoi le solde de cet été surprend autant

Si votre régularisation 2026 vous laisse perplexe, c’est qu’elle empile deux mouvements que rien ne vous aide à distinguer sur votre échéancier.

Le premier est la régularisation classique : vos cotisations 2025 avaient été appelées à titre provisionnel, sur la base de vos revenus 2024. Maintenant que votre revenu 2025 réel est déclaré (la campagne s’est ouverte en avril 2026), l’URSSAF ajuste — en plus ou en moins.

Le second, c’est la nouveauté : ce rattrapage se fait sur la nouvelle assiette, alors que vos acomptes 2025 avaient encore été calculés à l’ancienne. Vous comparez donc, sans le savoir, deux méthodes de calcul différentes. D’où des écarts qui n’ont rien d’anormal, mais tout d’illisible. Les caisses des professions de santé (CARMF, CARPIMKO, CARCDSF, CARPV) appliquent en outre leur propre calendrier de régularisation, ce qui décale encore les échéances selon votre métier. Le réflexe à garder : cette année, ne comparez pas votre solde à celui de l’an dernier — ils ne parlent pas la même langue.

Pierre-Emmanuel Hinard

« Cette année, ne comparez pas votre solde URSSAF à celui de l’an dernier : ils ne sont pas calculés sur la même base. Le rattrapage de vos revenus 2025 se superpose à un changement complet d’assiette — c’est normal qu’il surprenne. »

Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil

Gagnant ou perdant ? Méfiez-vous des taux magiques

La réforme se veut globalement neutre pour les finances publiques : ce que l’État récupère d’un côté (moins de CSG déductible), il le redonne de l’autre (plus de cotisations retraite). Mais « globalement neutre » ne signifie pas « neutre pour vous ». Selon votre niveau de revenu, la structure de vos charges et votre caisse, vous pouvez y gagner quelques centaines d’euros… ou en perdre autant.

On lit ici et là des raccourcis séduisants — un prétendu « taux global de 25,6 % », ou la règle « vous êtes perdant si vos cotisations déductibles représentaient moins de 26 % de votre revenu ». Prudence : ces formules ne sont pas confirmées par les textes et donnent une fausse impression de certitude. La seule façon fiable de savoir de quel côté vous basculez, c’est de refaire le calcul sur votre propre dossier — notre simulateur de cotisations donne déjà un premier ordre de grandeur —, pas sur une moyenne nationale.

Ce qui est sûr, en revanche : la part de vos versements qui « travaille » pour votre retraite augmente. Vous décaissez peut-être un peu plus, mais vous accumulez aussi davantage de points. C’est un arbitrage entre trésorerie d’aujourd’hui et droits de demain, pas une hausse sèche.

Santé conventionnée : le nouveau « ratio conventionnel »

Si vous êtes médecin conventionné, kinésithérapeute, infirmier, sage-femme ou chirurgien-dentiste conventionné — le régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés, ou PAMC — un rouage supplémentaire s’ajoute. Une partie de vos cotisations est prise en charge par l’Assurance maladie sur vos honoraires conventionnés ; l’autre part, assise sur vos revenus non conventionnés (dépassements, activités hors nomenclature), reste à votre charge à taux plein.

Pour répartir votre nouvelle assiette entre ces deux parts, l’URSSAF s’appuie sur un « ratio conventionnel » : la proportion de vos recettes conventionnées dans votre chiffre d’affaires total. Ce ratio est pré-calculé par l’URSSAF dans votre parcours déclaratif, à partir des recettes que vous avez vous-même reportées depuis votre 2035 — et il reste modifiable. Le seul élément réellement pré-rempli en amont, c’est votre revenu brut social, repris de votre déclaration fiscale. La conséquence est concrète : si vos recettes conventionnées et non conventionnées sont mal ventilées au départ, le ratio dérape, et toute la répartition de vos cotisations avec lui. Un chiffre à vérifier, pas à subir.

Pierre-Emmanuel Hinard

« Chez les soignants conventionnés, tout se joue sur un chiffre que presque personne n’ouvre : le ratio conventionnel. L’URSSAF le pré-calcule à partir de vos propres recettes — s’il est faux au départ, c’est toute la répartition de vos cotisations qui déraille, sans que rien ne clignote. C’est exactement le genre de détail qui coûte cher parce que personne ne l’a vérifié à temps. »

Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil

Le vrai risque, c’est la trésorerie

Le danger de cette réforme n’est pas son barème : c’est son calendrier. Un solde de régularisation qui tombe d’un coup, un nouvel échéancier recalculé, des acomptes provisionnels 2026 encore approximatifs — de quoi creuser un trou de trésorerie si personne n’a anticipé.

Le premier réflexe : lisez votre échéancier ligne à ligne, en séparant la régularisation ponctuelle de ce qui devient votre nouvelle base mensuelle ou trimestrielle. Si votre revenu 2026 s’annonce sensiblement différent de 2025, demandez sans attendre une révision de vos acomptes provisionnels plutôt que de subir la régularisation de l’an prochain. Et si votre régularisation de CSG-CRDS se solde par un remboursement, ne le dépensez pas : il est là, précisément, pour absorber la hausse de vos cotisations retraite. Compenser mentalement l’un par l’autre, c’est neutraliser la mauvaise surprise.

Ce que la réforme change pour votre retraite

Au-delà du décaissement immédiat, la réforme rebat vos droits. En déplaçant une partie de l’effort de la CSG (qui ne vous rapporte rien) vers les cotisations retraite (qui vous rapportent des points), elle améliore mécaniquement votre pension future — au prix d’une trésorerie un peu plus tendue aujourd’hui.

Est-ce un bon calcul ? Cela dépend de votre âge, de votre horizon de départ et de vos autres dispositifs (contrat Madelin, PER, capitalisation). Pour un praticien proche de la retraite, chaque point compte ; pour un jeune installé qui a d’abord besoin de liquidités pour investir dans son cabinet, l’équation n’est pas la même. C’est typiquement l’arbitrage qui mérite une simulation sur votre situation réelle, plutôt qu’une règle générale appliquée les yeux fermés.

Tous les libéraux en déclaration contrôlée sont concernés

La réforme touche l’ensemble des libéraux au réel, quelle que soit leur caisse (CARMF, CARPIMKO, CIPAV, CARCDSF, CNBF…) ; seuls les micro-BNC en sont exclus. Retrouvez l’accompagnement EPIPHYSE dédié à votre métier :

Questions fréquentes

Les micro-BNC sont-ils concernés par la réforme ?

Non. Si vous relevez du micro-BNC, votre bénéfice imposable reste déterminé avec l’abattement forfaitaire de 34 %, et vos cotisations suivent le calcul micro-social proportionnel à vos recettes. La réforme de l’assiette vise les indépendants au réel, en déclaration contrôlée (2035). C’est d’ailleurs un paramètre de plus à intégrer dans l’arbitrage entre micro-BNC et déclaration contrôlée.

Pourquoi mon solde de régularisation est-il si différent de l’an dernier ?

Parce qu’il additionne deux choses : le rattrapage habituel de vos revenus 2025 (vos acomptes avaient été calculés sur 2024) et le passage à la nouvelle assiette. Vos acomptes 2025 étaient encore calculés à l’ancienne méthode ; l’écart entre les deux systèmes se matérialise d’un seul coup cette année.

Vais-je payer plus au total ?

Pas forcément. Le dispositif est pensé pour s’équilibrer d’ensemble : moins de CSG non contributive, plus de cotisations retraite. Selon votre profil, le solde net penche d’un côté ou de l’autre — cela se calcule au cas par cas, sans se fier à un taux moyen. Et la hausse éventuelle des cotisations retraite se traduit par davantage de droits.

Que faire concrètement maintenant ?

Vérifiez votre échéancier URSSAF et, pour les soignants conventionnés, le ratio conventionnel pré-calculé par l’URSSAF (un champ modifiable de votre déclaration). Si votre activité 2026 diverge de 2025, faites réviser vos acomptes provisionnels. Gardez de côté un éventuel remboursement de CSG-CRDS pour lisser la hausse. Et en cas de doute sur votre cas précis, une simulation ciblée vaut mieux qu’une estimation au doigt mouillé.

Un solde URSSAF qui vous surprend cet été ?

EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des professions libérales, décrypte votre régularisation, vérifie votre nouvelle assiette et votre ratio conventionnel, et ajuste vos acomptes pour protéger votre trésorerie. Parlons de votre cabinet.