2026 est une année charnière pour les médecins libéraux : la convention médicale 2024-2029 monte en charge, les aides à l’installation changent de logique, les forfaits conventionnels sont refondus (fin de la ROSP, arrivée du Forfait Médecin Traitant) et un crédit d’impôt historique disparaît. Voici ce qui change concrètement — et ce que cela implique pour votre rémunération et votre fiscalité.
- Anciens contrats démographiques (CAIM, COSCOM…) fermés depuis le 1ᵉʳ janvier ; nouvelles aides forfaitaires CPAM : 10 000 € en ZIP, 5 000 € en ZAC, 3 000 € pour un cabinet secondaire.
- ROSP et forfait patientèle supprimés au 31/12/2025, remplacés par le Forfait Médecin Traitant (FMT) et la DONUM.
- Cotisations CARMF 2026 : retraite de base 8,73 %, complémentaire 11,80 %, plus l’ASV.
- Crédit d’impôt frais de comptabilité supprimé — mais vos honoraires restent intégralement déductibles.
Installation 2026 : de nouvelles aides, un nouveau calendrier
Le changement est net. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les contrats démographiques historiques — CAIM, COSCOM, CSTM, COTRAM — ne sont plus ouverts aux nouvelles adhésions ; les contrats déjà signés se poursuivent jusqu’à leur terme. Ils laissent place à des aides forfaitaires versées par la CPAM : 10 000 € pour une primo-installation en zone d’intervention prioritaire (ZIP), 5 000 € en zone d’action complémentaire (ZAC), 3 000 € pour un cabinet secondaire en ZIP. Les consultations avancées en zone sous-dense sont, elles, rémunérées 200 € la demi-journée (six par mois au maximum).
| Aide forfaitaire CPAM (2026) | Montant |
|---|---|
| Primo-installation en ZIP | 10 000 € |
| Primo-installation en ZAC | 5 000 € |
| Cabinet secondaire en ZIP | 3 000 € |
| Consultation avancée (zone sous-dense) | 200 €/demi-journée |
Deux dispositifs complètent le tableau pour les jeunes installés. Le contrat de début d’exercice (CDE), signé avec l’ARS, garantit une rémunération : pour un généraliste exerçant sept demi-journées par semaine, un plafond de 6 600 €/mois, le complément versé correspondant à la différence entre ce plafond et les honoraires réellement encaissés (une majoration jusqu’à +1 000 €/mois est possible pour d’autres spécialités). Le CDE ouvre aussi des indemnités journalières dès le 8ᵉ jour d’arrêt et des congés maternité, paternité ou adoption, sur trois ans. Le CESP (contrat d’engagement de service public), lui, verse environ 1 200 € brut/mois pendant les études, en échange d’un engagement à exercer en zone sous-dense pour une durée équivalente (au moins deux ans). À cela s’ajoutent les aides de droit commun, comme l’ACRE (exonération partielle de cotisations la première année, à demander à l’URSSAF dans les 60 jours).
La grande réforme des forfaits conventionnels
C’est le chantier le plus lourd de l’année. La ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) et le forfait patientèle médecin traitant ont été supprimés au 31 décembre 2025. Deux nouveaux forfaits prennent le relais.
Le Forfait Médecin Traitant (FMT), versé par patient déclaré, module désormais selon l’âge et la présence d’une affection de longue durée :
| Patient (médecin traitant) | Sans ALD | Avec ALD |
|---|---|---|
| Moins de 7 ans | 15 € | 55 € |
| 7 à 74 ans | 5 € | 55 € |
| 75 à 79 ans | 15 € | 55 € |
| 80 ans et plus | 55 € | 100 € |
+ 10 € par patient bénéficiaire de la Complémentaire santé solidaire.
En ZIP ou en quartier prioritaire (QPV), la part socle du FMT est majorée de +10 % de façon permanente ; s’y ajoute, pour une primo-installation, une majoration dégressive (+50 % la 1ʳᵉ année, +30 % la 2ᵉ, +10 % la 3ᵉ). La seconde nouveauté est la DONUM (dotation numérique), qui remplace le forfait structure : 7 € le point, 2 940 €/an au maximum.
Côté secteur 2, les modificateurs OPTAM ont franchi leur seconde marche — reportée du 1ᵉʳ juillet 2025 au 1ᵉʳ janvier 2026 : le modificateur K (chirurgie et obstétrique, OPTAM-ACO) atteint 30 %, le modificateur T 21,5 %. Attention à une confusion répandue : la majoration des actes de 4 à 9 % accordée aux adhérents OPTAM n’est pas la « prime » — cette dernière est une rémunération annuelle calculée séparément.
« En 2026, le vrai piège n’est pas fiscal, il est calendaire : entre la fin des anciens contrats démographiques et la bascule des forfaits, un médecin qui s’installe doit vérifier à quel dispositif il a encore droit — et lequel a déjà fermé. C’est là qu’un cabinet spécialisé fait gagner plusieurs milliers d’euros. »
Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil
Vos cotisations CARMF en 2026
Retraite et prévoyance des médecins passent par la CARMF. Pour 2026, retenez quatre lignes :
| Cotisation CARMF 2026 | Taux / montant |
|---|---|
| Retraite de base (CNAVPL) | 8,73 % (≤ 48 060 €) puis 1,87 % |
| Retraite complémentaire (RCV) | 11,80 % (≤ 168 210 €) |
| ASV — secteur 1 | 1 917 € (2/3 CPAM) |
| ASV — secteur 2 | 5 751 € |
| Invalidité-décès (classe minimale) | 626 € |
En face de ces cotisations, une couverture réelle : un capital décès de 71 500 €, une rente de conjoint survivant de 8 557 € à 17 114 €/an, une rente d’éducation de 10 078 €/an par enfant. Un point pratique, enfin : depuis 2023, tout passe par une déclaration unique. Votre déclaration de revenus (son volet social intégré) alimente automatiquement l’URSSAF et la CARMF — fini la double saisie.
Ce qui change côté fiscalité
Une évolution a fait grand bruit : le crédit d’impôt pour frais de comptabilité (article 199 quater B du CGI — deux tiers des frais, dans la limite de 915 €) est supprimé par la loi de finances 2025, dès l’imposition des revenus 2025. La bonne nouvelle passe souvent inaperçue : vos frais de comptabilité et d’expertise-comptable restent intégralement déductibles de votre bénéfice, sans aucune condition d’adhésion à un organisme de gestion.
Dans la même logique, la majoration de 25 % du bénéfice qui frappait les non-adhérents à une AGA a, elle aussi, disparu (depuis les revenus 2023). Adhérer à une association de gestion agréée garde de l’intérêt (prévention fiscale, accompagnement), mais ce n’est plus une contrainte sous peine de sur-imposition.
Pour le reste, le médecin conventionné relève des bénéfices non commerciaux (BNC, article 93 du CGI), en déclaration contrôlée (déclaration n° 2035). En secteur 1, deux déductions spécifiques s’appliquent : la déduction de 2 % des recettes (représentation, réception, cadeaux professionnels, petits déplacements…) et une déduction complémentaire de 3 % — distinctes du barème dit « groupe III », avec lequel on les confond souvent.
« La suppression du crédit d’impôt comptabilité inquiète à tort : les honoraires restent déductibles à 100 %, et la majoration de 25 % pour non-adhésion à une AGA a disparu. Le vrai sujet, c’est d’arbitrer au bon moment le passage en société — pas de courir après un crédit d’impôt de 915 €. »
Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil
S’installer en zone rurale : l’exonération ZFRR
Vous vous installez dans une commune rurale ? Le dispositif Zone France Ruralités Revitalisation (ZFRR, article 44 quindecies A du CGI) exonère votre bénéfice d’impôt sur le revenu : exonération totale jusqu’au 59ᵉ mois suivant l’installation (environ cinq ans), puis un abattement dégressif de 75 %, 50 % et 25 % sur les trois années suivantes. Le plafond suit la règle européenne des minimis (300 000 € d’aides sur trois exercices). Environ 17 700 communes sont classées.
Une nuance qui compte : en ZFRR « socle », le régime micro-BNC est exclu — la déclaration contrôlée devient obligatoire ; en ZFRR+, l’exonération s’applique quel que soit le régime, micro-BNC compris. Avant de signer un bail, mieux vaut vérifier le classement exact de la commune.
Quelques repères sur la profession
Pour se situer : on compte environ 108 000 médecins libéraux conventionnés, à parts quasi égales entre généralistes et autres spécialistes. Le revenu d’activité libéral moyen s’établissait à 124 000 €/an (98 300 € pour les généralistes, 153 300 € pour les spécialistes — DREES, revenus 2021). Environ 73 % des médecins libéraux exercent en secteur 1 (près de 95 % des généralistes) ; le secteur 2 concerne surtout certaines spécialités. Un médecin sur sept exerce désormais en société d’exercice libéral (SEL). Enfin, l’inscription à l’Ordre est obligatoire : la cotisation 2026 est de 365 € (182,50 € l’année de première inscription), intégralement déductible.
Source : DREES, revenus 2021
Les généralistes exercent à près de 95 % en secteur 1.
Questions fréquentes
Quels sont les montants du nouveau Forfait Médecin Traitant (FMT) en 2026 ?
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, le FMT est versé par patient déclaré : sans ALD, 15 € (moins de 7 ans), 5 € (7-74 ans), 15 € (75-79 ans) et 55 € (80 ans et plus) ; avec ALD, 55 € jusqu’à 80 ans et 100 € au-delà. Ajoutez 10 € par patient bénéficiaire de la Complémentaire santé solidaire. Il remplace le forfait patientèle supprimé fin 2025.
Combien coûtent les cotisations CARMF d’un médecin en 2026 ?
Trois étages : retraite de base 8,73 % (jusqu’à 48 060 €) puis 1,87 % ; retraite complémentaire (RCV) 11,80 % jusqu’à 168 210 € ; ASV de 1 917 € en secteur 1 (la CPAM prend les deux tiers) ou 5 751 € en secteur 2 ; plus l’invalidité-décès (626 € en classe minimale). En pratique, l’ensemble des cotisations sociales représente de l’ordre de 30 % du bénéfice.
Le crédit d’impôt pour frais de comptabilité existe-t-il encore ?
Non. Il est supprimé par la loi de finances 2025, dès les revenus 2025. Mais vos frais de comptabilité et d’expertise-comptable restent intégralement déductibles de votre bénéfice, sans condition d’adhésion à un organisme de gestion agréé — la majoration de 25 % pour non-adhésion ayant elle-même disparu depuis les revenus 2023.
Quelles aides à l’installation pour un médecin en 2026 ?
Les anciens contrats (CAIM, COSCOM…) sont fermés depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Place à des aides forfaitaires CPAM : 10 000 € en primo-installation ZIP, 5 000 € en ZAC, 3 000 € pour un cabinet secondaire. S’y ajoutent le contrat de début d’exercice (garantie de revenus jusqu’à 6 600 €/mois pour un généraliste) et, en zone rurale, l’exonération d’impôt ZFRR.
Un médecin peut-il être au micro-BNC ?
Théoriquement oui sous 83 600 € de recettes, mais c’est rarement pertinent : l’abattement forfaitaire de 34 % est presque toujours inférieur aux charges réelles d’un cabinet, ce qui rend la déclaration contrôlée (2035) plus avantageuse. Et en zone ZFRR « socle », le micro-BNC est de toute façon exclu.
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- ameli.fr/medecin/textes-reference/convention-medicale-2024-2029
- ameli.fr/medecin/exercice-liberal/facturation-remuneration/dispositif-me
- carmf.fr/page.php?page=cdrom/coti/coti-cours.htm
- legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000051217832
- service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F31139
- drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes
