Cession de cabinet, départ en retraite : quels régimes d’exonération des plus-values professionnelles ? (1/4)
Mis à jour le 23 juillet 2026 · 8 min de lecture · Professions libérales BNC
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Vous vendez votre cabinet, vous partez à la retraite, vous transmettez votre clientèle ou vous passez en société : chacune de ces étapes déclenche une plus-value professionnelle… et potentiellement un impôt qui se chiffre en dizaines de milliers d’euros. La bonne nouvelle : le code général des impôts prévoit quatre régimes d’exonération qui, bien utilisés, ramènent très souvent la facture à zéro. Ce premier article d’une série de quatre pose le paysage : la mécanique des plus-values, le panorama des régimes, les cumuls possibles — et les liens vers les trois articles qui détaillent chaque dispositif.

Une plus-value professionnelle, c’est quoi — et quand se déclenche-t-elle ?

En libéral, votre clientèle (ou patientèle), votre matériel, votre véhicule professionnel, vos parts de société d’exercice, votre local inscrit au registre des immobilisations : tout cela constitue votre actif professionnel. Dès qu’un de ces éléments sort de cet actif, l’administration compare sa valeur de sortie à sa valeur d’origine (diminuée des amortissements pratiqués) : la différence est une plus-value — ou une moins-value — professionnelle.

Le déclencheur n’est pas seulement la vente. Sont aussi concernés :

  • la cession du cabinet ou de la clientèle, bien sûr ;
  • l’apport en société (passage en SELARL par exemple) ;
  • la donation ou la succession ;
  • le simple retrait d’un bien dans le patrimoine privé (vous conservez le local mais cessez de l’affecter à l’activité) ;
  • la cessation d’activité, qui vaut retrait de l’ensemble des éléments.

Le régime fiscal dépend ensuite d’un double tri : durée de détention du bien (plus ou moins de deux ans) et nature amortissable ou non de l’élément. Schématiquement : la plus-value est à court terme pour les biens détenus moins de deux ans et, pour les biens amortissables, à hauteur des amortissements déduits ; le surplus est à long terme. Sur une clientèle non amortissable détenue plus de deux ans — le cas type de la cession de cabinet —, l’essentiel de la plus-value est à long terme.

Sans exonération : barème progressif ou 31,4 % — l’addition est lourde

À défaut de régime de faveur, le traitement par défaut est le suivant :

  • la plus-value à court terme s’ajoute à votre bénéfice : barème progressif de l’impôt sur le revenu et cotisations sociales, puisqu’elle entre dans l’assiette sociale des indépendants (celle-là même qui a été réformée en 2026). Un étalement sur trois ans reste possible ;
  • la plus-value à long terme est taxée à 12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 31,4 %.
31,4 %, et non plus 30 % : le taux a changé

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 % : les prélèvements sociaux sur les plus-values professionnelles à long terme passent de 17,2 % à 18,6 %, dès l’imposition des revenus 2025. La plupart des guides — y compris récents — affichent encore « 30 % » : c’est périmé.

Concrètement : un kinésithérapeute qui cède 150 000 € une clientèle créée de toutes pièces réalise 150 000 € de plus-value à long terme. Sans exonération : 47 100 € de prélèvements. Avec le bon régime, préparé en amont : zéro impôt sur le revenu — et selon le régime, zéro prélèvement social. D’où l’importance du panorama qui suit.

Pierre-Emmanuel Hinard

« Le bon régime d’exonération se choisit deux ou trois ans avant la cession, pas au moment de signer le compromis : c’est là que se joue l’essentiel de la facture fiscale. »

Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil

Le panorama des 4 régimes d’exonération

Quatre dispositifs coexistent, chacun avec sa logique : le niveau de recettes, la valeur de ce que vous transmettez, le départ à la retraite, ou la durée de détention de l’immobilier.

RégimeCondition cléCe qui est exonéréImmobilier
« Petites entreprises »
art. 151 septies — notre article 2/4
Recettes ≤ 90 000 € (totale) ou < 126 000 € (partielle) + 5 ans d’activitéIR et prélèvements sociaux, sur toutes les plus-valuesInclus
« Transmission »
art. 238 quindecies — notre article 3/4
Valeur transmise ≤ 500 000 € (totale) ou < 1 M€ (partielle) + 5 ansIR et prélèvements sociauxExclu
« Départ à la retraite »
art. 151 septies A — notre article 4/4
Retraite + cessation des fonctions dans les 24 mois autour de la cessionIR uniquement — les 18,6 % de prélèvements sociaux restent dusExclu
« Abattement immobilier »
art. 151 septies B — notre article 4/4
Local professionnel détenu à l’actifAbattement de 10 %/an au-delà de la 5ᵉ année → exonération totale à 15 ans (IR + PS)C’est son objet

Deux lectures rapides de ce tableau :

  • si vos recettes sont modestes (beaucoup de professionnels de santé en début ou fin de carrière), le 151 septies efface tout, immobilier compris ;
  • pour une cession de cabinet « standard », le 238 quindecies est le régime de droit commun : la quasi-totalité des cabinets libéraux vaut moins de 500 000 € ;
  • le régime « retraite » est le seul qui laisse subsister les prélèvements sociaux — il n’est intéressant que lorsque les deux premiers sont hors d’atteinte.

Les reports d’imposition : transmettre ou passer en société sans payer tout de suite

À côté des exonérations, le CGI organise des reports d’imposition : la plus-value est calculée mais son imposition est suspendue, parfois jusqu’à s’éteindre définitivement.

  • Transmission à titre gratuit (art. 41 du CGI) : donation ou succession du cabinet ; si le repreneur — souvent un enfant — poursuit l’activité au moins 5 ans, la plus-value en report est définitivement exonérée ;
  • Apport en société (art. 151 octies) : le passage en SELARL avec apport de la clientèle ne génère pas d’impôt immédiat — la taxation est reportée jusqu’à la cession des parts. C’est un rouage central du passage en SELARL ;
  • Apport de titres inscrits à l’actif (art. 151 octies B), plus rare, pour les restructurations.

Retenez la ligne de partage : l’exonération efface l’impôt, le report le décale. Et surtout, les reports ne se cumulent pas librement avec les exonérations — c’est l’objet du point suivant.

Pierre-Emmanuel Hinard

« Sur une cession de cabinet à 200 000 €, l’écart entre un dossier préparé et un dossier improvisé dépasse souvent 60 000 € d’impôt. La règle a changé en 2026 : et depuis 2026, c’est 31,4 % qui sont en jeu, et non plus 30 %. »

Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil

Quels régimes peut-on cumuler ?

C’est la question qui décide de la stratégie, et le tableau que l’on cherche partout :

Cumul envisagéPossible ?
151 septies (petites entreprises) + 151 septies A (retraite)✅ Oui
151 septies + 151 septies B (abattement immobilier)✅ Oui
238 quindecies (transmission) + 151 septies A (retraite)✅ Oui
238 quindecies + 151 septies B✅ Oui
151 septies A + 151 septies B✅ Oui
151 septies + 238 quindecies❌ Non
Exonérations ci-dessus + report 151 octies (apport en société)❌ Non (sur la même opération)

Le combo classique du départ à la retraite : 238 quindecies pour la clientèle et le matériel, 151 septies B pour le local détenu depuis plus de 15 ans, et 151 septies A en filet de sécurité pour ce qui dépasserait — chacun sur son périmètre. Résultat fréquent : une cession totalement défiscalisée, prélèvements sociaux compris sur la partie 238 quindecies / 151 septies B.

Comment choisir : trois situations types

1. Vous cédez votre cabinet en cours de carrière. Premier réflexe : le 238 quindecies si la valeur cédée est inférieure à 500 000 € et que vous ne gardez pas le contrôle de la structure acquéreuse. Si vos recettes moyennes des deux dernières années sont sous 126 000 €, comparez avec le 151 septies (qui, lui, couvre aussi l’immobilier).

2. Vous partez à la retraite. Le triptyque 238 quindecies + 151 septies B + 151 septies A se prépare : dates de cessation de fonctions, de liquidation de la retraite et de cession doivent tenir dans les fenêtres de 24 mois. Un calendrier mal ordonné peut coûter l’exonération entière.

3. Vous passez en société (SELARL, SEL). Ce n’est pas une « vente à soi-même » anodine : report 151 octies ou taxation immédiate avec exonération, le choix dépend de votre projet — nous y consacrons un développement dédié dans l’article SELARL, et le sujet de la valorisation devient central.

Dans les trois cas, la variable déterminante n’est pas le régime lui-même : c’est l’anticipation. Les conditions s’apprécient sur 5 ans d’activité, 2 ans de recettes, 24 mois autour de la cession, 3 ans après pour le contrôle du cessionnaire. Un régime d’exonération se choisit avant de signer, pas au moment de remplir la 2035.

Questions fréquentes

La flat tax de 30 % s’applique-t-elle à la vente de mon cabinet ?

Non. La plus-value professionnelle à long terme relève d’un régime propre : 12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis l’imposition des revenus 2025 (hausse de CSG de la LFSS 2026), soit 31,4 % — sauf à activer l’un des quatre régimes d’exonération présentés ici.

Je donne mon cabinet à mon enfant : y a-t-il une plus-value ?

Oui, la donation déclenche une plus-value professionnelle. Mais deux dispositifs la neutralisent : le report de l’article 41 du CGI (exonération définitive si l’activité est poursuivie 5 ans) et, pour une transmission de moins de 500 000 €, l’exonération de l’article 238 quindecies, qui couvre aussi les transmissions à titre gratuit.

Dois-je choisir un seul régime pour toute l’opération ?

Non : plusieurs régimes se cumulent sur une même cession, chacun sur son périmètre (voir notre tableau des cumuls). L’exemple type au départ à la retraite : 238 quindecies sur la clientèle, 151 septies B sur le local, 151 septies A en complément. Seule interdiction notable : cumuler 151 septies et 238 quindecies.

L’exonération peut-elle être remise en cause après la cession ?

Oui. Pour le 238 quindecies comme pour le 151 septies A, l’absence de contrôle de la structure cessionnaire s’apprécie au moment de la cession et pendant les 3 années suivantes ; pour la retraite, la cessation des fonctions et la liquidation des droits doivent tenir dans les 24 mois. Le non-respect entraîne la reprise de l’exonération.

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