Le médecin face à la CARMF (1/4) : le barème 2026, secteur 1 et secteur 2
Mis à jour le 13 août 2026 · 10 min de lecture · Professions libérales BNC
🔄 Mise à jour le 13/08/2026

Un médecin qui s’installe découvre vite que « la CARMF » n’est pas une cotisation, mais quatre, appelées ensemble et calculées chacune à sa manière. Et qu’un même revenu ne produit pas la même facture selon que l’on exerce en secteur 1 ou en secteur 2 : l’écart dépasse 13 000 € par an au plafond. Voici le barème 2026, régime par régime, avec ce que chaque euro finance et ce que les caisses maladie prennent en charge à votre place.

Tous les montants ci-dessous sont ceux du barème CARMF 2026 ; le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) qui sert de référence s’élève à 48 060 € au 1er janvier 2026.

Quatre régimes, deux secteurs : la carte d’ensemble

Vos cotisations CARMF se répartissent entre quatre régimes, chacun avec sa logique propre :

  • le régime de base (RB), qui ouvre vos droits de base à la retraite ;
  • le régime complémentaire vieillesse (RCV), le plus lourd, qui constitue l’essentiel de votre future pension ;
  • le régime des allocations supplémentaires de vieillesse (ASV), réservé aux médecins conventionnés ;
  • le régime invalidité-décès (ID), votre prévoyance obligatoire.

La ligne de partage qui traverse tout le barème n’est pas le montant de vos revenus : c’est votre secteur de conventionnement. En secteur 1, l’Assurance maladie participe au financement de plusieurs de vos cotisations, en contrepartie des tarifs opposables. En secteur 2, vous réglez la quasi-totalité vous-même. Le médecin non conventionné, lui, sort du régime ASV et ne bénéficie d’aucune participation des caisses : il ne cotise qu’au régime de base, au complémentaire et à l’invalidité-décès.

Le régime de base : 8,73 % puis 1,87 %, et la main tendue des caisses

Le régime de base se calcule sur vos revenus nets d’activité indépendante, en deux tranches :

  • 8,73 % jusqu’à 48 060 € (un PASS) ;
  • 1,87 % de 48 060 € à 240 300 € (cinq PASS).

Comme pour tous les régimes, l’appel 2026 repose sur les revenus 2024, puis fait l’objet d’une régularisation quand vos revenus définitifs sont connus. Vous pouvez aussi demander, via votre espace eCARMF, un calcul sur vos revenus estimés 2026 — utile quand l’activité chute ou décolle brutalement.

La participation des caisses, réservée au secteur 1. Au titre de l’article 96-3 de la convention médicale, l’Assurance maladie prend en charge une partie de votre cotisation de base, dans la limite de la cotisation due : 2,15 % des revenus jusqu’à 67 284 €, 1,51 % de 67 284 € à 120 150 €, puis 1,12 % au-delà. Un médecin de secteur 1 voit ainsi sa cotisation de base nettement allégée : c’est la contrepartie des tarifs conventionnés.

Deux garde-fous encadrent ce régime : une cotisation minimale de 573 € pour des revenus inférieurs ou égaux à 5 409 € (elle valide tout de même trois trimestres de retraite), et une cotisation maximale de 8 690 €, hors participation des caisses.

Le complémentaire vieillesse : 11,8 %, plafonné, sans filet de régularisation

C’est le poste le plus lourd, et celui qui bâtira l’essentiel de votre pension. Le régime complémentaire vieillesse s’élève à 11,8 % de vos revenus nets d’activité indépendante 2024, plafonnés à 168 210 € (3,5 PASS). Sa cotisation maximale atteint 19 849 €.

Le complémentaire a une double singularité. Contrairement au régime de base, il ne fait l’objet d’aucune régularisation ultérieure : la cotisation appelée est définitive. Et les deux premières années d’affiliation, il n’est en principe pas dû — sauf si vous avez plus de 40 ans au début de votre activité libérale. Ce point de départ retardé change beaucoup la trésorerie d’un jeune installé, et nous le détaillons dans le volet consacré aux deux premières années.

L’ASV : le régime qui sépare vraiment secteur 1 et secteur 2

L’ASV matérialise le plus nettement la frontière entre les deux secteurs. Il ne concerne que les médecins conventionnés ; le non-conventionné n’y cotise pas. Il se compose de deux parts.

La part forfaitaire s’élève à 5 751 € en 2026. En secteur 1, les caisses maladie en financent les deux tiers : vous ne réglez que 1 917 € (les caisses versent 3 834 €). En secteur 2, vous acquittez la totalité, soit 5 751 €.

La part d’ajustement est assise sur votre revenu conventionnel 2024, plafonné à 240 300 € (5 PASS). Là encore, l’écart est net : 1,3333 % pour le secteur 1 (les caisses ajoutant 2,6667 %), contre 4,00 % à votre charge en secteur 2. Sur ce seul régime, un secteur 2 peut verser trois à quatre fois ce que paie un secteur 1 à revenu égal.

Pierre-Emmanuel Hinard

« Le premier réflexe d’un médecin, c’est de regarder le total. Le bon réflexe, c’est de regarder quelle ligne bouge quand le revenu monte : ce n’est pas le régime de base, c’est le complémentaire. C’est là que se joue la retraite, et c’est là qu’on arbitre. »

Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil

L’invalidité-décès : la petite ligne qu’on ne peut pas éviter

Le régime invalidité-décès est votre prévoyance obligatoire : il couvre l’incapacité temporaire, l’invalidité et le décès. On ne peut ni le réduire ni en être dispensé, quel que soit le niveau de revenus. Sa cotisation associe une part forfaitaire de 434 € et une part proportionnelle de 0,4 % des revenus 2024 (0,32 % pour le risque maladie, 0,08 % pour l’invalidité), dans la limite de 144 180 € (3 PASS). En pratique, cela donne trois niveaux :

  • 626 € pour des revenus inférieurs à 48 060 € ;
  • un montant variable entre 48 060 € et 144 179 € ;
  • 1 010 € à partir de 144 180 €.

C’est la plus petite ligne de l’appel, mais c’est aussi la seule qui vous protège en cas de coup dur : un impayé peut vous en faire perdre le bénéfice.

Le barème en situation : quatre revenus, deux secteurs

Les taux parlent peu ; les totaux, davantage. Voici, pour quatre niveaux de revenus 2024, la cotisation annuelle 2026 régime par régime, dans les deux secteurs — les montants de secteur 1 tenant compte de la participation des caisses maladie :

Revenus 202420 000 €60 000 €80 000 €240 300 € (max)
Régime de base — secteur 11 690 €4 028 €4 484 €5 999 €
Régime de base — secteur 22 120 €5 318 €5 692 €8 690 €
Complémentaire vieillesse2 360 €7 080 €9 440 €19 849 €
ASV — secteur 12 184 €2 717 €2 984 €5 121 €
ASV — secteur 26 551 €8 151 €8 951 €15 363 €
Invalidité-décès626 €674 €754 €1 010 €
Total secteur 16 860 €14 499 €17 662 €31 979 €
Total secteur 211 657 €21 223 €24 837 €44 912 €

Tableau établi et tenu à jour par EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des professions libérales BNC à Bordeaux et Tours.

Le tableau se lit dans deux sens. D’un revenu à l’autre, la cotisation progresse, mais moins vite que le revenu : le taux d’effort décroît à mesure que l’on approche des plafonds. D’un secteur à l’autre, l’écart se creuse — près de 13 000 € par an au plafond, porté presque entièrement par l’ASV et le régime de base. Pour situer votre propre cas entre ces bornes, notre simulateur de cotisations part de votre résultat et donne le total, secteur par secteur.

Ce que ces cotisations construisent : la logique des points

Ces cotisations ne partent pas dans un puits sans fond : chacune, sauf l’invalidité-décès, achète des points de retraite. Voici le nombre de points acquis en 2026 selon vos revenus 2024 :

Revenus 202420 000 €60 000 €80 000 €240 300 €
Points régime de base233,88563,20565,30582
Points complémentaire1,364,125,4811,52
Points ASV29,5034,5136,5036,50

Tableau établi et tenu à jour par EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des professions libérales BNC à Bordeaux et Tours.

Trois enseignements. Les points du régime de base plafonnent autour de 582 par an : au-delà d’un certain revenu, cotiser davantage n’ajoute plus de points. Ceux du complémentaire sont peu nombreux, mais chacun pèse lourd à la liquidation — c’est ce régime qui fait la différence sur votre pension. Ceux de l’ASV plafonnent également. Corollaire à garder en tête pour la suite : une cotisation dont vous obtenez la dispense ne génère aucun point. L’économie de trésorerie se paie alors en retraite, et cet arbitrage mérite d’être posé noir sur blanc.

Si vous ne déclarez pas : le barème maximal qui vous guette

Un dernier chiffre, dissuasif à dessein. Si vous ne retournez pas votre déclaration de revenus, la CARMF ne renonce pas à cotiser : elle calcule sur les revenus plafonds. La facture grimpe alors à son maximum — 31 594 € en secteur 1 et 44 528 € en secteur 2 — bien au-delà de ce que vous auriez dû sur vos revenus réels.

La déclaration est aujourd’hui unique et dématérialisée : une seule déclaration sociale, sur impots.gouv.fr, sert au calcul de l’ensemble de vos cotisations, CARMF comprise. Depuis les revenus 2025, elle repose sur une assiette sociale rénovée qui modifie la base de calcul — nous en avons détaillé les effets dans notre article sur la réforme de l’assiette sociale. Une fois cette déclaration faite, deux leviers restent à votre main : le choix du secteur, et les dispenses et réductions à demander quand vos revenus le permettent.

Questions fréquentes

Quelle différence de cotisations CARMF entre un médecin de secteur 1 et de secteur 2 ?

À revenu égal, le secteur 2 paie sensiblement plus, car l’Assurance maladie ne participe ni à sa cotisation de base ni à son ASV. Pour un revenu de 60 000 €, le total 2026 s’établit à environ 14 499 € en secteur 1 contre 21 223 € en secteur 2. Au plafond, l’écart dépasse 13 000 € par an. C’est la contrepartie de la liberté tarifaire du secteur 2.

Sur quels revenus mes cotisations CARMF 2026 sont-elles calculées ?

Sur vos revenus nets d’activité indépendante de 2024, avec une régularisation lorsque vos revenus définitifs sont connus. L’ASV fait exception : sa part d’ajustement porte sur votre seul revenu conventionnel. Si votre activité varie fortement, vous pouvez demander via eCARMF un calcul sur vos revenus estimés 2026.

Quelles sont les cotisations CARMF minimale et maximale en 2026 ?

Au régime de base, la cotisation minimale est de 573 € pour des revenus inférieurs ou égaux à 5 409 €, et elle valide trois trimestres de retraite ; la maximale atteint 8 690 €. Tous régimes confondus, un médecin qui ne déclare pas ses revenus est taxé sur les plafonds : jusqu’à 31 594 € en secteur 1 et 44 528 € en secteur 2.

Un médecin non conventionné cotise-t-il à l’ASV ?

Non. Le régime ASV est réservé aux médecins conventionnés, en secteur 1 comme en secteur 2. Le médecin non conventionné ne cotise qu’au régime de base, au complémentaire vieillesse et à l’invalidité-décès, et ne bénéficie d’aucune participation des caisses maladie.

Quel secteur, quelle facture ?

Le choix du secteur engage vos cotisations pour toute la carrière, et se raisonne sur vos chiffres, pas sur une moyenne. EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des médecins, chiffre votre situation régime par régime et la met en face de votre projet. Parlons-en.