Le premier appel de la CARMF est presque une bonne nouvelle : 3 437 € pour l’année entière en secteur 1. Ce montant est pourtant un forfait de départ, pas un aperçu de votre régime de croisière — la vraie marche arrive la troisième année, quand les cotisations calculées sur vos revenus réels tombent en même temps que la régularisation et le démarrage du régime complémentaire. Ce volet détaille ce que vous paierez les deux premières années, ce qui sera recalculé ensuite, et les demandes à faire à temps. Le barème des quatre régimes, lui, est décortiqué dans le premier volet de cette série.
Un forfait de départ : 9 131 €, soit 19 % du PASS
En régime de croisière, la CARMF calcule vos cotisations provisionnelles sur vos revenus d’activité indépendante d’il y a deux ans : l’appel 2026 repose sur les revenus 2024. Un médecin qui s’installe n’a pas cet historique. La caisse retient donc, pour les deux premières années d’affiliation, une assiette forfaitaire de 9 131 €, soit 19 % du plafond annuel de la Sécurité sociale en vigueur au 1er janvier — 48 060 € en 2026.
Une précision de calcul, et une mise en garde. La base forfaitaire est réduite au prorata de la durée d’affiliation si votre première année est incomplète : tous les montants qui suivent valent pour une année pleine. Et ce forfait ne préjuge en rien de votre activité réelle : que votre première année se solde à 20 000 € ou à 80 000 € de bénéfice, l’appel initial est le même. C’est une facilité de trésorerie bienvenue au démarrage — et c’est aussi ce qui prépare la marche d’escalier de la troisième année, sur laquelle nous revenons plus bas.
Première année : 3 437 € en secteur 1, 7 710 € en secteur 2
Voici le détail de l’appel de première année pour un médecin conventionné de moins de 40 ans, affilié en 2026, en année pleine.
| Cotisation 2026 (assiette forfaitaire 9 131 €) | Secteur 1 | Secteur 2 |
|---|---|---|
| Régime de base | 772 € | 968 € |
| Régime complémentaire (RCV) | 0 € | 0 € |
| ASV — part forfaitaire | 1 917 € | 5 751 € |
| ASV — part d’ajustement | 122 € | 365 € |
| Invalidité-décès | 626 € | 626 € |
| Total première année | 3 437 € | 7 710 € |
Tableau établi et tenu à jour par EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des professions libérales BNC à Bordeaux et Tours.
Ce tableau installe le fil rouge de toute la série : le secteur d’exercice pèse plus que tout le reste. À situation identique, un secteur 2 verse 7 710 € là où un secteur 1 verse 3 437 €, soit 2,2 fois plus. L’écart de 4 273 € se décompose ainsi :
- l’ASV explique 4 077 € de l’écart : en secteur 1, les caisses d’assurance maladie financent les deux tiers de la part forfaitaire — vous payez 1 917 €, elles versent 3 834 € — comme de la part d’ajustement (122 € contre 365 €) ;
- le régime de base compte pour 196 € : la participation des caisses prévue par la convention médicale ramène l’appel de 968 € à 772 € en secteur 1 ;
- l’invalidité-décès est identique : 626 € pour tous, sans aucune participation.
Un médecin non conventionné, enfin, échappe à l’ASV — mais aussi à toute participation des caisses : il ne doit que le régime de base et l’invalidité-décès.
La deuxième année repart sur la même assiette forfaitaire de 9 131 €, avant un recalcul en cours de route. Mais d’abord, un mot sur la ligne à 0 € du tableau : elle ne vaut pas pour tout le monde.
La règle des 40 ans : le régime complémentaire n’attend pas tout le monde
Le régime complémentaire vieillesse est, en régime de croisière, la ligne la plus lourde de l’appel : 11,8 % des revenus, plafonnés à 168 210 €. Les deux premières années d’affiliation, il n’est pas dû — c’est très exactement ce qui rend le forfait de départ si doux.
La règle a une exception nette : si vous avez plus de 40 ans au début de votre activité libérale, le RCV est dû dès la première année. Il est alors calculé proportionnellement à vos revenus d’activité indépendante de 2024, plafonnés, dans la limite d’une cotisation maximale de 19 849 €. Le cas est plus fréquent qu’on ne le croit : installation après une longue carrière hospitalière, reconversion, ou années de remplacements — dont les honoraires relèvent déjà de l’activité libérale et servent alors d’assiette.
Si vos revenus indépendants de 2024 étaient faibles ou inexistants, la cotisation qui en découle le sera aussi ; s’ils étaient consistants, votre première année peut changer de visage. Des dispenses du RCV existent par ailleurs en cas d’insuffisance de revenus, sur demande uniquement — avec une contrepartie sérieuse : les cotisations dispensées n’ouvrent aucun point de retraite.
« La première année est douce, et elle est définitive : personne ne viendra la recalculer. Le piège est en année 3, quand le complémentaire démarre et que la régularisation s’ajoute au provisionnel. Cette marche-là, on la prépare le jour de l’installation, pas le jour où l’appel arrive. »
Pierre-Emmanuel Hinard — expert-comptable, EPIPHYSE Conseil
Ce qui sera recalculé, ce qui ne le sera jamais
C’est le point le plus mal compris du début d’activité, et il tient en deux phrases. La première année n’est jamais recalculée : les 3 437 € ou 7 710 € sont définitifs, quel que soit votre bénéfice réel. La deuxième année, elle, est recalculée dès que les revenus de la première sont connus.
| Année | Assiette de l’appel | Sort de la cotisation |
|---|---|---|
| Année 1 (2026) | Forfait de 9 131 € | Définitive : jamais recalculée ni régularisée |
| Année 2 (2027) | Forfait de 9 131 €, puis recalcul sur les revenus réels de 2026 dès leur déclaration | Régularisée ensuite sur les revenus réels de 2027, avec le solde appelé en 2028 |
| Année 3 (2028) | Revenus réels de 2026 — et première cotisation RCV | Cycle normal : provisionnel, puis régularisation |
Tableau établi et tenu à jour par EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des professions libérales BNC à Bordeaux et Tours.
Le caractère définitif de la première année joue dans les deux sens. Une année qui démarre fort ne donnera lieu à aucun rappel : le forfait aura été une aubaine. Une année très creuse ne sera pas remboursée pour autant : le forfait reste dû.
Un correctif existe en revanche pour les appels suivants : vous pouvez demander, via votre espace eCARMF, que la cotisation provisionnelle du régime de base soit calculée sur vos revenus estimés de l’année en cours plutôt que sur ceux d’il y a deux ans. En début de carrière, où les revenus bougent vite, c’est un outil à connaître — en gardant à l’esprit qu’une estimation trop basse ne fait que déplacer la charge vers la régularisation.
L’année 3, le vrai piège de trésorerie : la cascade de régularisation
Additionnez maintenant les trois mécaniques : l’année 3 encaisse tout en même temps.
- le provisionnel de l’année 3 est calculé, pour la première fois, sur vos revenus réels — ceux de l’année 1 ;
- le RCV démarre : 11,8 % de ces mêmes revenus, la ligne la plus lourde de l’appel ;
- la régularisation de l’année 2 arrive avec le solde, calculée sur vos revenus réels de l’année 2.
Illustration, construite sur le barème 2026 à titre indicatif, pour un médecin de secteur 1, de moins de 40 ans, installé début 2026, dont le bénéfice atteint 60 000 € dès la première année :
- 2026 : 3 437 €, définitifs ;
- 2027 : appel d’abord forfaitaire, puis recalculé sur les 60 000 € de 2026 — toujours sans RCV ;
- 2028 : cotisations assises sur 60 000 € : 4 028 € de régime de base, 7 080 € de RCV, 2 717 € d’ASV, 674 € d’invalidité-décès, soit 14 499 € — plus de quatre fois l’appel de la première année. Et si le bénéfice 2027 est monté à 80 000 €, la régularisation du régime de base de l’année 2 ajoute environ 456 € au solde.
En secteur 2, la même trajectoire donne 7 710 € la première année et 21 223 € la troisième, toujours à 60 000 € de revenus. Dans les deux secteurs, l’ordre de grandeur est le même : l’appel de l’année 3 vaut trois à quatre fois celui de l’année 1. Ces montants sont calculés au barème 2026 ; les paramètres évoluent chaque année, l’ordre de grandeur demeure.
Une précision qui borne le risque : seul le régime de base est régularisé. Le RCV et l’ASV sont calculés une fois pour toutes sur les revenus d’il y a deux ans, sans régularisation ultérieure. Le gros de la marche ne vient donc pas d’un rattrapage, mais du simple passage du forfait aux revenus réels, RCV compris. D’où une règle simple : la douceur des deux premières années ne préfigure en rien la suite. Provisionnez dès le premier encaissement, comme si le régime de croisière s’appliquait déjà. Pour chiffrer votre propre trajectoire, secteur compris, passez par notre simulateur de cotisations sociales.
Report et étalement sur cinq ans : les conditions exactes
La CARMF prévoit un aménagement propre au début d’activité, utile mais très encadré — et souvent perdu faute d’avoir été demandé à temps.
Ce qui est reportable : la cotisation provisionnelle du seul régime de base due au titre des douze premiers mois d’exercice. Ni l’ASV ni l’invalidité-décès ne sont concernées : elles restent exigibles aux échéances normales.
Comment le demander : par écrit, dans les 30 jours qui suivent le premier appel de cotisations — et impérativement avant tout règlement. Un paiement déjà effectué ferme la porte : le réflexe doit précéder la mise en place du prélèvement, pas la suivre.
Ce qui se passe ensuite : lorsque la cotisation définitive est fixée, vous pouvez demander — nouvelle demande écrite — son étalement sur cinq ans au maximum, par règlements d’au moins 20 % par an, et sans aucune majoration de retard.
Soyons honnêtes sur sa portée. L’enjeu immédiat est modeste : le régime de base de première année pèse 772 € en secteur 1, 968 € en secteur 2 — le report ne soulage que la plus petite ligne de l’appel. Mais c’est le seul mécanisme de la caisse qui permette d’étaler sans frais, et il se combine avec un outil plus prosaïque : le prélèvement mensuel, qui répartit l’appel de première année sur les mois restants jusqu’à l’échéance du 5 décembre.
Rappel fiscal au passage : les cotisations obligatoires versées à la CARMF sont déductibles de votre bénéfice (article 154 bis du CGI), à l’exception des majorations de retard. Calendrier d’appel, dispenses et exonérations, solutions en cas de coup dur : le dernier volet de cette série passe en revue tout ce qui peut alléger ou aménager la facture.
CARMF et URSSAF : la même mécanique, deux appels
Dernier angle mort du jeune installé : la CARMF ne représente qu’une partie de vos charges sociales. Elle encaisse la retraite — base, complémentaire, ASV — et la prévoyance invalidité-décès. L’URSSAF appelle séparément la cotisation d’assurance maladie, les allocations familiales, la CSG et la CRDS, la contribution à la formation professionnelle et la CURPS. Là aussi, le fil rouge tient : le médecin de secteur 1 bénéficie d’une prise en charge partielle des caisses sur ses revenus conventionnels, le secteur 2 non.
Surtout, l’URSSAF applique la même logique de cotisations provisionnelles puis régularisées : le décalage entre l’encaissement des honoraires et l’appel des charges se reproduit à l’identique, et les deux ciseaux se referment la même année. Nous avons détaillé ce mécanisme — et la façon de le neutraliser par des provisions mensuelles — dans notre article sur l’anticipation des cotisations sociales du libéral. S’y ajoute une particularité de calendrier : les régularisations opérées à partir de 2026 portent sur la nouvelle assiette sociale issue de la réforme, qui modifie la base de calcul de l’ensemble de ces cotisations.
Questions fréquentes
Combien coûtent les cotisations CARMF la première année d’installation ?
En année pleine 2026, l’appel s’élève à 3 437 € pour un médecin conventionné de secteur 1 et à 7 710 € en secteur 2, sur une assiette forfaitaire de 9 131 €, soit 19 % du PASS. Si l’affiliation ne couvre pas l’année entière, la base est réduite au prorata. Le régime complémentaire n’est pas dû, sauf début d’activité libérale après 40 ans. Ces montants de première année ne sont ensuite jamais recalculés.
Pourquoi un secteur 2 paie-t-il plus du double d’un secteur 1 au démarrage ?
Parce que les caisses d’assurance maladie participent aux cotisations des médecins de secteur 1. Sur l’ASV, elles financent les deux tiers de la part forfaitaire — le médecin paie 1 917 € au lieu de 5 751 € — et de la part d’ajustement, 122 € au lieu de 365 €. Sur le régime de base, leur participation ramène l’appel forfaitaire de 968 € à 772 €. Au total, l’écart atteint 4 273 € dès la première année, dont 4 077 € sur la seule ASV.
Mes cotisations de deuxième année seront-elles recalculées ?
Oui, deux fois. L’appel part sur la base forfaitaire de 9 131 €, puis il est recalculé dès que vos revenus de première année sont connus. Il est enfin régularisé sur vos revenus réels de deuxième année, avec le solde appelé l’année suivante — c’est cette régularisation qui vient gonfler l’appel de l’année 3. Seule la première année échappe à tout recalcul.
Comment obtenir le report puis l’étalement des cotisations de début d’activité ?
Par une demande écrite adressée à la CARMF dans les 30 jours suivant le premier appel de cotisations, et avant tout règlement. Le report ne porte que sur la cotisation provisionnelle du régime de base des douze premiers mois. Une fois la cotisation définitive fixée, une nouvelle demande écrite permet de l’étaler sur cinq ans au maximum, par versements d’au moins 20 % par an, sans majoration de retard.
Le choix du secteur, les provisions à constituer, la demande de report : tout se joue avant le premier appel de cotisations. EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des médecins, construit ce plan de trésorerie avec vous, sur vos chiffres. Parlons de votre installation.
