Ici, on s’installe librement, et, à une rue près, sans aucune aide. La seule géographie qui rapporte encore quelque chose ne se lit pas au niveau de la commune, mais au niveau du quartier.
« Ai-je le droit de m’installer à Bordeaux ? » Oui, sans condition
Commençons par écarter une inquiétude qui circule beaucoup, et qui vient d’une confusion entre professions. Un médecin s’installe librement à Bordeaux. Il n’existe, pour les médecins, aucun mécanisme de succession comparable à celui qui s’impose aux masseurs-kinésithérapeutes dans les communes classées en zone non prioritaire, dont Bordeaux fait partie au titre du zonage de septembre 2024, où le conventionnement ne peut être accordé qu’à celui qui assure la succession d’un confrère cessant définitivement son activité.
Trois vérifications le confirment. L’arrêté du directeur général de l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine du 30 janvier 2026 est pris sur le seul fondement qui désigne les zones sous-denses : il ne connaît que deux catégories, la zone d’intervention prioritaire et la zone d’action complémentaire, et ne comporte aucune catégorie de zone sur-dotée. La convention médicale 2024-2029 ne contient aucune clause de conventionnement sélectif. Et la proposition de loi qui créerait une autorisation d’installation, adoptée par l’Assemblée nationale en mai 2025, n’est pas promulguée : son examen au Sénat s’est interrompu en séance le 11 juin 2026 sans vote sur l’ensemble.
Vous n’avez à demander l’autorisation de personne pour ouvrir votre cabinet à Bordeaux. En revanche, cette liberté a une contrepartie que la suite de cette page détaille : elle s’accompagne, à l’échelle de la commune, d’une absence d’aide à l’installation. Un seul périmètre de la métropole y échappe, et c’est un quartier de Bordeaux : la suite de cette page vous dit lequel. Les deux vont ensemble, les aides existent pour attirer là où l’offre manque, et Bordeaux n’est pas dans ce cas.
La carte des aides : zéro euro à Bordeaux, cinq mille dans huit communes de la métropole
Aucune des 28 communes de Bordeaux Métropole n’est classée en zone d’intervention prioritaire, celle qui ouvre les aides les plus élevées. Huit relèvent de la zone d’action complémentaire, et vingt sont hors zonage : dont Bordeaux, Mérignac, Pessac, Talence, Bègles, Cenon, Lormont, Floirac, Gradignan, Bruges, Eysines et Le Bouscat.
| Classement | Communes de la métropole | Aide à la primo-installation |
|---|---|---|
| Zone d’intervention prioritaire | 0 | 10 000 € |
| Zone d’action complémentaire | 8 : Ambès, Bassens, Blanquefort, Carbon-Blanc, Martignas-sur-Jalle, Parempuyre, Saint-Louis-de-Montferrand, Saint-Médard-en-Jalles | 5 000 € |
| Hors zonage | 20 : dont Bordeaux, Mérignac, Pessac, Talence | Aucune aide |
Depuis le 1er janvier 2026, cette aide prend la forme d’un forfait unique, versé par la caisse du lieu d’exercice principal dans les trois mois suivant l’installation. Elle suppose une première installation en libéral conventionné, en secteur 1 ou en secteur 2 avec adhésion à l’option de pratique tarifaire maîtrisée. Un forfait distinct de 200 € par demi-journée, dans la limite de six par mois, rémunère les consultations avancées en zone prioritaire, mais il est réservé aux médecins qui n’y ont ni cabinet principal ni cabinet secondaire.
Une précision de vocabulaire, pour vous éviter une recherche infructueuse : l’arrêté et le site de l’agence écrivent « zone d’action complémentaire », tandis que le fichier de communes écrit « zone d’accompagnement complémentaire ». C’est la même chose.
Deux précisions avant d’aller plus loin. Ce « zéro zone prioritaire » n’a rien d’une singularité bordelaise : plusieurs agglomérations de la région sont dans le même cas. Et ce tableau se lit commune par commune, alors que le zonage médecin, lui, descend au quartier, c’est là que Bordeaux réserve son exception, et c’est l’objet de la section suivante.
L’exception tient en un quartier : Le Lac
Un seul périmètre de Bordeaux Métropole est classé en zone d’intervention prioritaire. Ce n’est pas une commune : c’est un quartier : le quartier prioritaire de la politique de la ville dit « Le Lac », à Bordeaux.
Il ne le doit pas à son environnement : le territoire de vie-santé de Bordeaux, auquel il se rattache, n’est pas intégré au zonage. Il le doit à un classement dérogatoire. Le directeur général de l’agence a considéré que les concertations départementales justifiaient de retenir, pour certains territoires, certains quartiers prioritaires et certaines communes, « un classement différent de celui issu de l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée ».
Ce cas de figure précis, un quartier prioritaire classé en zone d’intervention prioritaire alors que son territoire de vie-santé d’appartenance n’est pas intégré au zonage, ne concerne que deux quartiers dans toute la Nouvelle-Aquitaine : Le Lac à Bordeaux et Beaubreuil à Limoges. Attention à la lecture : cela ne signifie pas qu’il n’y aurait que deux quartiers prioritaires classés en zone d’intervention prioritaire dans la région, il y en a bien davantage. C’est la dérogation au territoire de rattachement qui est rare, pas le classement lui-même.
La règle que personne ne lit : vos majorations se jouent à la rue près
Voici le point qui justifie à lui seul cette page, et que nous n’avons vu expliqué nulle part.
Bordeaux Métropole compte 23 des 25 quartiers prioritaires de la Gironde, répartis sur douze de ses communes. Sur ces 23 quartiers, un seul est classé en zone d’intervention prioritaire (Le Lac), un seul en zone d’action complémentaire (le Quartier de l’Avenir, à Bassens), et les 21 autres sont hors zonage. Six touchent le territoire de la commune de Bordeaux : Le Lac, Marne-Capucins, Grand-Parc, Bacalan, Carle Vernet – Terres Neuves (partagé avec Bègles) et Benauge – Henri Sellier – Léo Lagrange – Beausite (partagé avec Cenon).
Or la convention médicale prévoit que les majorations du forfait médecin traitant applicables en zone d’intervention prioritaire « s’appliquent également à ceux exerçant ou s’installant en quartiers prioritaires de la politique de la ville ». Le classement de l’agence régionale de santé est donc sans effet sur ces majorations.
| Dans un quartier prioritaire bordelais, même hors zonage | Ce que vous obtenez |
|---|---|
| Majoration du socle du forfait médecin traitant, les trois premières années (primo-installation) | + 50 % la 1re année, + 30 % la 2e, + 10 % la 3e |
| Majoration du socle à partir de la 4e année | + 10 % |
| Aide forfaitaire à l’installation, dans les 21 quartiers prioritaires hors zonage | Non : réservée aux zones d’intervention prioritaire |
| Aide forfaitaire à l’installation, dans le seul quartier du Lac, classé en zone d’intervention prioritaire | 10 000 € |
Ces deux majorations ne se cumulent pas : celle de la primo-installation remplace les 10 % pendant trois ans, puis les 10 % pérennes prennent le relais. L’écart ne joue donc que sur les deux premières années, la troisième étant déjà à 10 %.
Une condition commune aux deux dispositifs, à vérifier avant de raisonner sur ces pourcentages : ces majorations portent sur la partie socle du forfait médecin traitant, et le forfait lui-même n’est ouvert qu’aux médecins exerçant en secteur à honoraires opposables, ou en secteur à honoraires libres avec adhésion à l’option de pratique tarifaire maîtrisée. En secteur 2 sans adhésion, pas de forfait, donc aucune de ses majorations, quelle que soit l’adresse.
Le socle du forfait va de 5 à 55 € par patient sans affection de longue durée selon son âge, et de 55 à 100 € par patient en affection de longue durée. Sur une patientèle constituée, une majoration de 50 % la première année n’est pas un détail de trésorerie : c’est un poste de votre prévisionnel.
La convention réserve expressément l’aide de 10 000 € aux zones d’intervention prioritaire, tout en étendant les majorations du forfait aux quartiers prioritaires. Nous lisons donc le texte ainsi : dans un quartier prioritaire bordelais hors zonage, les majorations du forfait oui, l’aide de 10 000 € non. Cette articulation n’est traitée explicitement par aucune publication de l’Assurance maladie. Faites-la confirmer par la caisse de la Gironde avant de signer un bail : c’est exactement le genre de point que nous instruisons pour nos clients plutôt que de le trancher dans une page web.
Pourquoi la commune de Bordeaux n’ouvre droit à rien
La raison tient à un indicateur, l’accessibilité potentielle localisée, qui mesure pour les habitants d’une commune le volume de consultations de médecine générale accessible autour d’eux, pondéré par la distance.
En 2024, sur la variante que la direction statistique des ministères sociaux retient pour ses publications : celle des généralistes de 65 ans ou moins : Bordeaux atteint 5,72 consultations par an et par habitant standardisé, contre 3,26 pour la France entière. C’est la valeur la plus élevée des dix communes les plus peuplées du pays, devant Lille (5,69), Strasbourg (5,45), Paris (4,57), Nantes (4,38), Lyon (4,16) et Toulouse (3,72).
D’abord, la colonne compte. Le même fichier publie une variante toutes classes d’âge qui donne Bordeaux à 6,25 et la France à 3,72. Un texte qui mélange les deux séries se contredit tout seul : nous nommons donc la colonne à chaque fois.
Ensuite, et c’est plus important pour vous : un accès élevé ne signifie pas qu’un médecin qui s’installe trouvera facilement sa patientèle. Cet indicateur mesure l’accès des habitants aux soins, pas la densité de praticiens ni la concurrence que vous rencontrerez. Il explique le classement administratif ; il ne fait pas votre prévisionnel.
Sauf que la métropole n’est pas homogène, et le zonage ne la suit pas
Le classement s’arrête à la commune, mais la réalité, elle, varie d’un facteur sept à l’intérieur de la même intercommunalité :
| Commune | Accès aux généralistes (2024) | Classement |
|---|---|---|
| Villenave-d’Ornon | 8,67 | Hors zonage |
| Lormont | 7,97 | Hors zonage |
| Bordeaux | 6,25 | Hors zonage |
| Mérignac | 4,19 | Hors zonage |
| Saint-Médard-en-Jalles | 3,41 | Zone d’action complémentaire |
| Martignas-sur-Jalle | 2,67 | Zone d’action complémentaire |
| Le Bouscat | 2,57 | Hors zonage |
| Ambès | 1,24 | Zone d’action complémentaire |
| France entière | 3,72 | — |
Colonne toutes classes d’âge, millésime 2024. Classements : arrêté de janvier 2026.
Lisez les deux lignes en gras. Le Bouscat, commune de première couronne mitoyenne de Bordeaux, est moins bien pourvue que Martignas-sur-Jalle, et pourtant Martignas ouvre droit à 5 000 € quand Le Bouscat n’ouvre rien. La raison tient à la méthode : le classement se calcule au niveau du territoire de vie-santé, pas de la commune. C’est aussi pourquoi Ambès, dont l’accès est l’un des plus faibles de France, est classée en zone d’action complémentaire et non prioritaire : un médecin qui s’y installerait percevrait 5 000 €, et non 10 000 €.
Dernier élément de contexte, utile à qui raisonne à cinq ans : entre 2022 et 2024, l’accès a reculé dans 25 des 28 communes de la métropole. Bordeaux est l’une des trois seules à progresser (+0,8 %), avec Saint-Aubin-de-Médoc et Saint-Médard-en-Jalles. À l’opposé, Parempuyre perd 14,0 %, Ambès 10,8 %, Martignas-sur-Jalle 10,4 %.
S’installer, succéder, s’associer : ce que ça change à votre prévisionnel
La Gironde comptait 456 médecins généralistes libéraux de 60 ans et plus en 2024, dont 226 âgés de 60 à 64 ans. Le département a donc, devant lui, un volume de cabinets à reprendre.
Mais la vague de départs y est moins forte qu’ailleurs, et c’est un point contre-intuitif. La part de l’accès à la médecine générale qui repose sur des praticiens de plus de 60 ans s’établit à 20,6 % à Bordeaux et 23,0 % en Gironde, contre 27,5 % en France. Autrement dit, l’offre bordelaise est portée par des médecins plus jeunes qu’ailleurs : moins de départs à venir, donc moins de reprises à saisir, mais aussi une concurrence installée pour longtemps.
Ce ratio est un calcul EPIPHYSE, obtenu en rapportant deux séries publiées, l’accès tous âges et l’accès limité aux généralistes de 60 ans ou moins. Ce n’est pas une valeur publiée telle quelle : nous donnons la méthode pour que vous puissiez la refaire.
Les écarts internes sont considérables : à Ambès, cette part atteint 37,7 % ; à Saint-Médard-en-Jalles, elle tombe à 11,9 %. Une commune où l’offre repose largement sur des praticiens proches de la retraite est une commune où une patientèle se libérera, et où elle sera disputée.
Un prévisionnel bordelais ne se cale pas sur des moyennes nationales. Selon que vous vous installez dans un quartier prioritaire, dans une commune en zone d’action complémentaire ou hors zonage, votre première année varie sur trois postes distincts : l’aide forfaitaire, les majorations du forfait médecin traitant, et la vitesse de constitution de la patientèle. Nous chiffrons les trois avant que vous ne signiez.
Le reste de votre installation
Une fois la question du lieu réglée, votre projet rejoint les sujets communs à tout médecin qui s’installe, et que nous traitons ailleurs plutôt que de les répéter ici : le choix du secteur d’exercice, que nous avons documenté dans notre analyse de ce qui est voté et ce qui ne l’est pas sur le secteur 2 ; les aides en zone sous-dense, dont le contrat de solidarité territoriale, fermé aux nouvelles adhésions depuis 2026 ; et vos cotisations, que nous avons détaillées dans notre série sur la CARMF.
Restent les décisions de structure : exercice individuel, société civile de moyens, société d’exercice libéral, et le régime fiscal de la reprise, qui diffère selon que vous rachetez une patientèle, des parts de société, ou que vous créez de toutes pièces. Le reste de votre gestion est traité sur notre page dédiée aux médecins.
L’articulation exacte entre les majorations du forfait médecin traitant et l’aide forfaitaire, dans un quartier prioritaire hors zonage : notre lecture du texte figure plus haut, elle n’est commentée par aucune publication officielle. Et le classement lui-même, qui peut être révisé : celui de janvier 2026 est récent, mais un zonage reste en vigueur jusqu’à la publication du suivant. Ces deux points se vérifient auprès de la caisse de la Gironde, et nous le faisons pour nos clients avant toute signature.
Aussi à Bordeaux
Nous suivons les autres professions de santé de la métropolekinésithérapeute à Bordeaux et chirurgien-dentiste à Bordeaux, et l’ensemble des libéraux bordelais depuis notre cabinet du quai des Chartrons.
Questions fréquentes
Puis-je m’installer librement comme médecin à Bordeaux ?
Oui, sans condition. Contrairement aux masseurs-kinésithérapeutes, dont le conventionnement est subordonné à une succession dans les communes classées en zone non prioritaire, les médecins ne sont soumis à aucune régulation de l’installation : le zonage régional ne désigne que des zones sous-denses, la convention médicale ne comporte aucune clause de conventionnement sélectif, et la proposition de loi qui créerait une autorisation d’installation n’est pas promulguée, son examen au Sénat s’est interrompu en juin 2026 sans vote sur l’ensemble.
Existe-t-il une aide à l’installation à Bordeaux ?
Presque jamais, mais pas tout à fait jamais. Aucune des 28 communes de Bordeaux Métropole n’est classée en zone d’intervention prioritaire ; un seul périmètre l’est, et il se trouve à Bordeaux : le quartier prioritaire du Lac. Une première installation en libéral conventionné à cette adresse, en secteur 1 ou en secteur 2 avec adhésion à l’option de pratique tarifaire maîtrisée, relève du barème de la zone d’intervention prioritaire, soit 10 000 €. Huit communes relèvent de la zone d’action complémentaire et ouvrent droit à 5 000 € : Ambès, Bassens, Blanquefort, Carbon-Blanc, Martignas-sur-Jalle, Parempuyre, Saint-Louis-de-Montferrand et Saint-Médard-en-Jalles. Partout ailleurs dans la métropole, aucune aide.
M’installer dans un quartier prioritaire change-t-il quelque chose ?
Oui, et c’est le point le plus mal connu. La convention médicale étend aux quartiers prioritaires de la politique de la ville les majorations du forfait médecin traitant applicables en zone d’intervention prioritaire, indépendamment du classement de l’agence régionale de santé. Six de ces quartiers touchent la commune de Bordeaux. Ces majorations supposent toutefois d’exercer en secteur 1, ou en secteur 2 avec adhésion à l’option de pratique tarifaire maîtrisée : le forfait médecin traitant lui-même n’est ouvert qu’à ces médecins. Et l’aide forfaitaire de 10 000 € reste, elle, réservée aux zones d’intervention prioritaire : c’est notre lecture du texte, et elle mérite d’être confirmée par votre caisse.
Bordeaux est-elle vraiment saturée en médecins ?
Bordeaux affiche l’accès aux généralistes le plus élevé des dix communes les plus peuplées de France. Mais attention à ce que cet indicateur mesure : l’accès des habitants aux soins, pas la densité de praticiens ni la concurrence que vous rencontrerez. Et la métropole est très hétérogène, l’écart va de 1 à 7 entre Ambès et Villenave-d’Ornon.
Travaillez-vous uniquement avec des médecins bordelais ?
Non. Le cabinet est installé quai des Chartrons et accompagne des praticiens dans toute la métropole et le département, ainsi qu’en Touraine depuis notre second bureau. Le suivi se fait sur place ou à distance, selon ce qui vous arrange.
Avant de choisir votre rue, faisons les comptes
EPIPHYSE Conseil, expert-comptable des professions libérales de santé, quai des Chartrons à Bordeaux. Nous vérifions le classement de l’adresse que vous visez — commune et quartier —, chiffrons l’effet des majorations sur vos trois premières années, comparons les formes d’exercice et montons votre plan de financement.
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