Embaucher un assistant médical à plusieurs est séduisant. Les médecins partagent le coût, les tâches administratives se répartissent autrement et l’Assurance Maladie contribue au financement. Mais le calcul qui compte n’est pas « 38 000 € d’aide, donc le poste est presque gratuit ». Il est beaucoup plus simple et beaucoup plus exigeant : que coûtera le poste au groupe lorsque l’aide aura diminué, et quel surplus d’activité réaliste permettra de le financer ?
Depuis 2026, sous conditions, plusieurs médecins généralistes peuvent bénéficier d’une aide collective à l’emploi d’un assistant médical via une structure éligible. Pour un équivalent temps plein, l’aide annoncée par l’Assurance Maladie est de 38 000 € la première année, 28 000 € la deuxième et 22 000 € à partir de la troisième. Le recrutement doit être évalué sur plusieurs années : salaire chargé, coûts annexes, engagements de patientèle et répartition du reste à charge entre associés.
Qui peut réellement bénéficier du contrat collectif ?
Ce dispositif ne concerne pas indifféremment tous les professionnels de santé. Il cible les médecins généralistes hors médecins à exercice particulier, dans les conditions fixées par l’Assurance Maladie. Les médecins doivent exercer dans le ressort de la même caisse, être conventionnés en secteur 1 ou en secteur 2 avec adhésion à l’Optam pour les seconds, et remplir les critères de patientèle.
Autre point déterminant : le contrat collectif n’est pas signé par chaque praticien séparément, mais par une société commune. Selon la documentation de l’Assurance Maladie, les structures possibles sont la SCM, la SCP pour les cabinets de groupe, ou la SISA pour les maisons de santé pluriprofessionnelles. Les médecins concernés, au moins deux, doivent notamment être associés à titre personnel au capital de la société signataire. Une SEL ne peut pas signer elle-même ce contrat collectif. La convention collective des personnels des cabinets médicaux continue de s’appliquer aux assistants concernés.
Le seuil initial de patientèle médecin traitant moyenne du groupe est de 775 patients par médecin selon le dispositif annoncé. Il faut contrôler la photographie des patientèles réellement retenue par la caisse avant d’engager le recrutement ; la seule présence de plusieurs médecins dans les mêmes locaux ne suffit pas.
Pourquoi l’aide baisse-t-elle après la première année ?
Le contrat repose sur l’idée suivante : l’assistant libère du temps médical et le groupe peut prendre en charge davantage de patients. L’Assurance Maladie soutient plus fortement le démarrage, puis attend que le surcroît d’activité contribue au financement du poste.
| Année du contrat | Aide annuelle de référence pour 1 ETP | Point de vigilance |
|---|---|---|
| 1 | 38 000 € | Vérifier l’entrée dans le dispositif et la date d’effet du contrat |
| 2 | 28 000 € | Anticiper un reste à charge supérieur de 10 000 €, à coût constant |
| 3 et suivantes | 22 000 € | Revoir l’atteinte des objectifs et les conditions de versement ou de modulation |
Ces montants sont des références conventionnelles, pas une trésorerie définitivement acquise dans tous les cas. Le calendrier des versements, l’éligibilité, l’emploi effectif et les conditions de modulation doivent être lus dans le contrat applicable. Le conseil utile n’est pas de maximiser la première année : il est de chiffrer l’équilibre à partir de la troisième.
Simulation EPIPHYSE : quatre médecins, un assistant à temps plein
Prenons un exemple fictif, avec quatre généralistes associés dans une SCM éligible. Le groupe retient une hypothèse de 46 000 € de coût employeur annuel total pour un assistant à temps plein, incluant le salaire brut et les charges patronales. Le montant est purement illustratif : il ne remplace pas le calcul de paie réel, qui dépend du contrat, de la classification, du temps de travail et des paramètres sociaux. Nous conservons ce coût constant pour isoler l’effet de la baisse de l’aide.
| Simulation à coût constant | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| Coût employeur hypothétique | 46 000 € | 46 000 € | 46 000 € |
| Aide collective de référence | 38 000 € | 28 000 € | 22 000 € |
| Reste à financer par le groupe | 8 000 € | 18 000 € | 24 000 € |
| Si partage égal entre 4 médecins | 2 000 € | 4 500 € | 6 000 € |
| Équivalent mensuel par médecin | 167 € | 375 € | 500 € |
En trois ans, le groupe supporterait 50 000 € sur la seule hypothèse de salaire chargé, avant les éventuels coûts supplémentaires : ordinateur, poste de travail, logiciels, frais de formation, remplacement pendant les absences, évolution des rémunérations et éventuelles taxes applicables selon la situation juridique et fiscale de l’employeur.
Le point le plus parlant ? Entre la première et la troisième année, le reste à charge est multiplié par trois, même sans augmentation de salaire. Un projet peut paraître très bon en année 1 et peser fortement sur la SCM en année 3.
« L’aide de la première année ne décide de rien. Ce que je regarde avec le groupe, c’est le reste à charge de la troisième : il triple, et c’est lui qui dira si le poste est tenable. »
Pierre-Emmanuel Hinard, expert-comptable, EPIPHYSE Conseil
Les patients supplémentaires : un objectif médical, mais aussi économique
L’Assurance Maladie fixe, pour chaque ETP d’assistant médical financé au titre du collectif, un objectif de progression de 260 patients supplémentaires dans la patientèle médecin traitant collective (PMT) et de 110 patients supplémentaires dans la file active collective (PFA). Ces deux indicateurs ne sont pas à additionner pour conclure à « 370 personnes différentes » : ils ne décrivent pas la même mesure et leurs populations peuvent se recouper.
On doit ensuite éviter une autre erreur : valoriser chaque patient supplémentaire comme une consultation annuelle unique au tarif standard. Un patient suivi peut avoir plusieurs consultations, des parcours différents ou ne pas générer la même recette nette. L’analyse économique exige de relier les volumes attendus à la réalité du cabinet : disponibilité des plages, patientèle du territoire, profil des actes, temps médical libéré et coûts supplémentaires.
Pour un projet sérieux, je recommande un tableau en trois colonnes : activité supplémentaire prudente, activité centrale, activité favorable. Ce tableau doit permettre de répondre à une question très concrète : même si l’objectif de patientèle est atteint plus lentement que prévu, le groupe peut-il conserver le poste ?
Le vrai sujet : comment répartir la dépense entre associés ?
Un partage « à quatre, donc 25 % chacun » est facile à comprendre, mais pas toujours équitable. Le temps de l’assistant bénéficie-t-il à chaque médecin dans les mêmes proportions ? Les secrétariats sont-ils identiques ? Les volumes de rendez-vous et les horaires d’ouverture sont-ils comparables ?
Une SCM devrait définir avant la signature une règle écrite et contrôlable : partage égal, proportion du temps affecté, clé hybride comportant une part fixe et une part variable, modalités de régularisation et traitement du départ d’un médecin. Le fait que la société encaisse l’aide ne doit pas dispenser d’organiser la bonne affectation des coûts. La répartition comptable et fiscale doit rester cohérente avec la nature de la structure et ses conventions.
Une difficulté fréquente mérite aussi d’être prévue : si un associé quitte la SCM, qui prend en charge sa part du coût du salarié déjà embauché ? Une clause de sortie bien pensée vaut souvent autant qu’un bon prévisionnel.
Notre méthode avant de signer
Chez EPIPHYSE CONSEIL, nous ne jugeons pas ce recrutement sur la seule aide de la première année. Nous examinons la structure signataire, les critères d’éligibilité, le coût employeur documenté, les engagements de patientèle, les charges périphériques et surtout une trésorerie prévisionnelle sur trois à cinq ans.
L’étape suivante consiste à formaliser la clé de répartition et à prévoir un suivi trimestriel : coût réel par mois, aide réellement reçue, heures d’assistance réalisées, indicateurs de patientèle et écart par rapport au budget. Si ces chiffres dérivent, mieux vaut le voir au deuxième trimestre que lorsque la subvention baisse.
L’assistant médical partagé peut être un excellent investissement de cabinet. Mais ce n’est pas une aide à consommer : c’est un poste durable à financer.
Questions fréquentes
Une SEL peut-elle percevoir l’aide collective ?
La SEL ne fait pas partie des structures habilitées à signer le contrat collectif décrit par l’Assurance Maladie. Il faut examiner la situation exacte des médecins, leur mode d’exercice et, le cas échéant, la SCM, la SCP ou la SISA commune.
Une SCM peut-elle employer l’assistant médical ?
Une SCM peut être la structure signataire dans le cadre collectif, sous réserve de remplir toutes les conditions du dispositif. Le contrat de travail, la convention collective, les charges et les modalités d’affectation doivent être sécurisés.
Faut-il attendre l’atteinte des objectifs pour recruter ?
Il faut surtout savoir comment les atteindre et comment financer le poste si les volumes progressent moins vite. Le contrat prévoit des engagements et des mécanismes de suivi ; la caisse doit confirmer les modalités applicables au groupe.
L’aide rend-elle l’embauche gratuite ?
Non. Elle réduit un coût calculé en fonction d’un contrat et de paramètres sociaux. Les charges annexes et la baisse de l’aide les années suivantes peuvent laisser un reste à charge important.
Avant d’engager une SCM ou une SISA, nous pouvons établir avec vous un budget employeur et une projection de reste à charge par médecin, en tenant compte de l’aide réellement applicable. Parlons de votre projet →
À lire également : La taxe sur les salaires du médecin employeur ; L’exercice libéral est aussi un métier d’entrepreneur.
Sources vérifiées au 9 octobre 2026
- Assurance Maladie, assistant médical : aide collective à l’emploi (actualité du 24 juin 2026) : montants 38 000 / 28 000 / 22 000 € par ETP, seuil de 775 patients, objectifs de 260 et 110 patients, structures SCM, SCP et SISA
- Assurance Maladie, questions-réponses sur le dispositif collectif : exclusion de la SEL, association à titre personnel, non-cumul avec un contrat individuel, répartition définie par les statuts
